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Enrico Agostini Marchese and Servanne Monjour communications, Input pictura poesis Seminar

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November 17th, 2017
University Lyon III Jean Moulin

Enrico Agostini Marchese and Servanne Monjour will participate to the international seminar « Input pictura poesis » organized by MARGE and the University Lyon III Jean Moulin.

Here you are the intervention of Enrico Agostini Marchese, « Écrire l’espace. Dynamiques d’imbrication performative de la photographie dans la littérature numérique » :

À l’aube de la réflexion sur la photographique numérique, une tendance majeure de la critique plaidait pour la disqualification nette et tranchante de ce nouveau type d’image , accusé d’engendrer une perte de réalité et de valeur, due à la numérisation de l’image et à la disparition du référent. Jean Baudrillard, qualifiait ainsi la dynamique de la disparition du référent réel comme une « précession des simulacres1 » : d’après le philosophe français, l’image numérique allait se superposer, voire anticiper la réalité, jusqu’à l’oblitérer entièrement. Cependant, la façon dont la littérature numérique s’est emparée de la photographie semble contredire les thèses de Baudrillard : en intégrant la photographie comme un outil d’écriture à part entière dans leurs œuvres, des écrivaines et des écrivains tels qu’Anne Savelli, Pierre Ménard, Fred Griot et Cécile Portier montrent non seulement que la photographie numérique n’entraîne pas la disparition du réel, mais, au contraire, qu’elle participe de façon très riche à la construction de l’image du monde que nous habitons et donc de notre monde tout court. Lors de cette communication, nous souhaitons comprendre cette dynamique de coparticipation à la lumière d’une analyse de l’imaginaire spatial qui en découle : en quelle mesure l’entrelacement de la photographie numérique et de la littérature change-t-elle notre manière d’habiter et de concevoir l’espace ? Nous nous proposons d’analyser la façon dont les écrivaines et les écrivains qui intègrent la photographie numérique à leur production créent un espace hybride, fait à la fois d’écriture et de photographies, ainsi que les changements apporté au statut et au rôle de l’imaginaire spatial et de l’imaginaire photographique.

Servanne Monjour will give a presentation entitled « "Les gros sels de pixels" : forme symbolique de l’image numérique ».

Qui achète aujourd’hui un appareil photo numérique aujourd’hui s’entendra d’abord vanter ses aptitudes en termes de résolution de l’image. C’est en effet cet aspect qui détermine désormais la qualité d’une photographie - soit, implicitement, son degré de conformité au réel. Contre cette injonction, certaines pratiques lo-fi comme la lomographie ont tenté de faire barrage en remettant au goût du jour les appareils argentiques, au nom d’une certaine idée du photographique conçu comme « bruit » du médium (soit comme manifestation de sa matérialité : vignettage marqué, saturation des couleurs, défauts visibles de la pellicule, etc.) plutôt qu’enregistrement direct du réel (reposant d’ailleurs sur certaine idée bien discutable de la transparence du réel). Mais le numérique n’a-t-il vraiment pas de « bruit » ? Il semblerait plutôt que celui-ci se soit simplement déplacé à l’échelle du pixel, à travers ce que l’on appelle, dans le jargon technique, des bruits de chrominance ou de luminance. En règle générale, ces effets sont largement reconnus comme des défauts techniques à l’origine d’images jugées ratées, immédiatement supprimées. Il est pourtant possible d’exercer un usage plastique du bruit numérique, où le pixel est utilisé comme langage esthétique, au-delà de sa réalité matérielle et technique. Dans cette communication, nous définirons ce concept de pixel esthétique qui joue un rôle de plus en plus grand dans la création photolittéraire contemporaine, permettant d’explorer les effets de matière propres à l’image numérique - mais aussi à son imaginaire. La constitution de ce pixel esthétique est en effet largement redevable d’une série de glissements métaphoriques notamment issus du discours littéraire qui tente de saisir la remédiation du fait photographique - en puisant allègrement d’ailleurs dans l’imaginaire argentique. Ces « gros sels de pixels », comme les qualifie Anne-Marie Garat, sont ainsi devenus une forme autant esthétique que symbolique, permettant de réinvestir les notions de flou, de détail, de punctum, afin de souligner le potentiel heuristique de l’image à l’ère « post-photographique ».

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